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lundi 21 avril 2014

Pour en finir (et en sortir) avec le contrat

Encore quelques semaines de  ce deuxième contrat que j'ai dégoté avec le service correctionnel du Canada au maximum de mon village.  De moppeux bien à l'abri  j'ai accepté de traverser quelques grilles pour me retrouver à côtoyer quotidiennement quelques détenus avec qui j'ai à  travailler. Bien oui la réhabilitation ça commence en-dedans avec des civils comme moi qui acceptent de se retrouver dans les mêmes locaux fermés que des sentencés jugés moins  dangereux par je ne sais pas qui mais dont je me fie au bon jugement, assez en tout cas pour tendre à ces criminels  exacto, ciseau et autres outils nécessaires à leur travail. Bon j'avoue que les premières fois je ne leur tournais pas le dos mais j'ai appris à faire confiance. Même à eux. C'est pas les sujets d'inspiration qui me manquaient pour venir écrire sur mon blog  mais la baisse d'intérêt à partager tout ça et à partager tout court et puis dans le contrat y avait une clause de confidentialité (excuse facile mais tout de même...). Alors oubliez les potins sur quelques-unes des ordures dont les crimes ont été très médiatisés, le code des détenus, l'omerta chez les off, la broue, la méthadone, les règlements de compte, le trou, les gangs, les pédés. Mes respects à 95% des officiers (les autres sont des osties de tdc),  mes espoirs de réhabilitation à quelques détenus.

mercredi 25 décembre 2013

En différé Jour 54

L'officier de la poterne refuse de laisser passer le petit matin glacial et sombre qui m'accompagne. Non, non , non et non.  Rien de l'extérieur. Pas de produits du tabac, pas de cellulaire pis pas de petit matin surtout glacial et sombre. Cé pas bon pour les caméras. Allez hop!  Montre, clés, ceinture, métal, sac à lunch au scanner. Touétou au détecteur. S'pa un moulin icitte.
De l'armoire à balai commence la routine de mes déplacements convenus d'avance ne pas en déroger sous peine d'interrogatoire de corridor embouffeté de grille en corridor embouffeté de grille ici l'improvisation est retenue en otage par les capos de la sécurité les mouchards trônent faire attention chercher sous les fenêtres haut perchées l'entrée sans effraction du soleil délinquant de  Prévert qui se répand ici et là   sur mon passage pas assez longtermps à mon goût vivement que bascule le solstice hivernal pour plus  de lumière dans mon tunnel



mercredi 20 novembre 2013

En différé Jour 36

Le  serpentin  bric-à-braqué  a juté (!)  une dernière fois son foutre  fermenté  aux assoiffés terrés sous un angle mort  zont ben rigolé pis  l'euphorie éthylique les a trahis sur quelques témoins écrans Y ont rienque ksa à penser les sacraments Ciboire on va encore se faire varloper par la direction last call de travers dans gorge avec une tite shot de gaz   les  darlings du centre de soins ont sparadrapé les ivrognes récalcitrants sécurité  resserrée faces de babounes suspects recherchés mon chariot au ralenti

samedi 9 novembre 2013

En différé Jour 31 bis

Le cafard implose en éclats de capharnaüm sous la sirène du délirium  les cartouches de tonnerre pleuvent leur poudre jaunasse les gorges en rage de leurs cris s'étouffent  dans pas long les boucliers transparents masqués casqués matraque au bec foncent dans le tas brancardiers appelez les brancardiers la lune rigole pleine rassasiée rien à voir avec le cercle des fermières de l'unité 9

vendredi 8 novembre 2013

En différé Jour 31

Dieu voit tout. Dieu entend tout. Dieu est partout. Dieu a  son bureau   dans l'allée de la suspicion au  jardin  des paranoïas.  Dieu me ferme souvent sa porte. M'en fout.  Chu icitte pour le contrat. Rien d'autre. À terme me payer un grand bol de liberté.  À vélo ou autrement. Sur les traces d'Hérodote.

dimanche 3 novembre 2013

En différé Jour 25

La cellule minimaliste temporairement vacante au bout du corridor du centre de soins de l'établissement carcéral à sécurité maximum dégageait une  odeur d'urine même après que j'eusse moppé le plancher de béton, désinfecté et flushé plusieurs fois la cuvette monobloc en stainless et le lavabo. Et pourtant y  avait rien d'autre dans la pièce. Pas de mobilier pas de matelas. Rien. Sauf une toute petite araignée noire qui fonçait vers la sortie. Vestige des hallucinations du dernier détenu intoxiqué de passage ? J'ai attendu qu'elle soit sortie avant d'appeler l'officier pour qu'il vienne refermer la porte de fer à grosse clé. Chais pas pourquoi. Peut-être que je pensais que la bestiole  à huit pattes serait  plus en sécurité de ce côté-ci des choses.

mercredi 23 octobre 2013

Jour 18 - Pffff....

Maintenant que je comprends un peu mieux la game je ne crois pas que l'exercice des 2 maîtres-chiens  tenu au mess des officiers et à la salle à manger attenante alors que je m'y trouvais seul à faire le ménage  à ma première semaine d'embauche était une coincidence. Chus clean les boys.

lundi 21 octobre 2013

Jour 16 - Se mettre à blanc - Target area - Face à face

En plein centre du carrefour  toutes grilles fermées sauf une presqu'en cage sont là 5-6 les jambes légèrement écartées les pieds plantés d'aplomb le dos drette  les épaules par en arrière pas de flancs mous pas d'armes juste leu gants de cuir dans leu mains et leu vestes de protection anti-picpic prêts au combat  les yeux fixés sur  la horde de sentencés à vie du E une 40aine de gaillards qui s'approchent d'un bon pas vers eux le menton haut les bras qui balancent des poker faces quant  à leurs intentions à matin s'en vont tu travailler aux cuisines ou s'en vont tu chercher l'trouble ligne invisible à ne pas franchir à moins de 3 pieds d'un habit bleu t'es out ça défile en ordre sans sous-entendu vers  le couloir des cuisines la tension baisse mes respects

samedi 19 octobre 2013

En différé Jour 13

6 a.m j'enfile mon condom à humeurs puis je passe la grille du huis clos  en poussant  mon chariot exterminateur dans le couloir à lentilles du Maudit où des monstres ont laissés un peu de morve de leur imaginaire sur les murs bétonnés des coulisses ça et là que je pulvérise sans faire comme si effacer ces coulisses ferait taire à mes oreilles les  cris des enfants martyrs. Je serre les dents.

dimanche 13 octobre 2013

En différé Jour 10

Ce n'est pas tant le manque d'inspiration qui me fait délaisser l'historiette quotidienne  de mon expérience  de concierge dans un établissement à sécurité maximum  que le détachement de l'endroit qu'il m'est apparu nécessaire d'avoir  un coup la journée de travail terminée si je veux garder un semblant d'équilibre. Émotivement il y a des journées rough  comme ces matins où j'ai entendu les cris de  ces détenus des cellules du centre de soins et  du pavillon d'isolement. Des cris caverneux à cause des murs en  ciment. Tantôt du delirium d'overdose  tantôt des vociférations agressives contre des infirmières et  des officiers à qui je lève mon chapeau devant leur patience et leur calme à rester à l'écoute de ces violences verbales.

Aussi ce que je raconte ici ne doit en aucun cas mettre en péril la sécurité et l'intégrité des gens là-bas. Ça fait partie du contrat. J'écris donc en  déformant plus ou moins les faits et cet exercice au quotidien, tordre la réalité,  m'est plus difficile que de tordre la moppe de mon chariot. C'est ça qui est ça. Low profil.

lundi 7 octobre 2013

R.A.S Jour 5

Rien à signaler ou si peu. Peut-être l'amorce de quelque chose de  pas joli joli.  Rien dans les médias nationaux. Pas encore. Pas senti de pression là-bas non plus. Peut-être l'amorce d'un rien du tout finalement. Mon serment ne s'en portera que mieux.

vendredi 4 octobre 2013

Jour 4

-Throw my shirt in garbage ! Throw my shirt in garbage !  me lance le type derrière la minuscule fenêtre de plexiglas en pointant un tas de vêtements souillés devant  sa cellule au centre de soins.
-Sure ?
-Yes.
Sais pas pourquoi il était là, j'ai pas posé de questions. Mais je sais que les gaz ont encore été utilisés hier soir.




jeudi 3 octobre 2013

Joue pas avec mon temps fille ! Jour 3

M'envoyer nettoyer les chiottes au bout de la passerelle 5 minutes avant la fin du shift quand tu ne payes pas le temps supplémentaire n'était pas ton idée la plus brillante de la journée fille. T'as pas voulu m'écouter ta boss l'a su comme tu as pu m'entendre lui raconter. Ça pis les autres shots en même pas 3 jours. Confonds pas fier travailleur pis bonhomme bonasse fille!

mercredi 2 octobre 2013

Jour 2

Encore sué comme un cochon toute la journée. La clim au rdc ne marchait pas. Peut-être à cause des gaz lancés hier soir. Physiquement je fais de grosses journées d'ouvrage mais pas assez pour finir sur les genoux. Même que depuis 2 jours j'arrive à la maison avec  une irrésistible envie de me mettre. Y a tellement de testostérone là-bas....

dimanche 29 septembre 2013

fucké dans tête man

des déplacements laborieux de cloisons étanches en cloisons étanches permission d'aller de venir devenir  jusqu'à la prochaine porte aller encore un CLAC  en écho dans les couloirs un peu crasse un résident entrevu derrière une meurtrière chut fermer ma gueule pas touche aux guns le long des murs suivre les consignes attention aux monstres  sur le plancher de ciment  le bruit de pas derrière moi  attention aux monstres les pas me rattrapent  mon vélo où est mon vélo je veux mon vélo  les pas me devancent  lâcher-prise    pousser une mille deux cent vingt-neuvième porte autre secteur des rires de femmes  un peu d'humanité dans l'établissement je survivrai


vendredi 20 septembre 2013

Le contrat

Chu pas vraiment un retraité. Après 30 ans de boîte à lunch j'ai été homme d'entretien, ouvrier agricole, préposé au traitement de petits fruits, commis d'entrepôt et de plancher, pigiste-journaliste, chauffeur classe 3, journalier, re-chauffeur classe 3 et commis aux fruits et légumes d'un supermarché. Jusqu'à mercredi prochain. Je viens  d'écrire ma lettre de démission. Un peu à contre-coeur. Un bon gars le gérant. Aussi j'aimais bien brasser les oranges en filet en début de shift pour en sentir l'odeur ou encore goûter discrètement à l'arrivage de fruits exotiques. Mais j'avais aussi offert mes services ailleurs et je ne peux pas refuser  les conditions salariales de cet ailleurs. Pour un temps convenu d'avance. Un contrat. Rien d'autre qu'un contrat. Et je pourrai repartir en voyage à la fin du contrat. Si c'est pas à vélo ce sera sac à dos. Les 2 pieds dans le cadrage de porte je refuse de me laisser aspirer dans le couloir de la vieillesse.